Supplément dimanche

Dimanche 8 juin 2008

Les coïncidences sont parfois bien étranges…

Je vous avais promis à mon retour de Toscane de vous donner l’adresse de la chambre d’hôte la moins chère du coin et néanmoins toute calme et fort agréable. La Callaiola est tenue par Jocelyne Munchenbach, une femme charmante, au-delà de ses apparences de vieille folle excentrique, passionnée de politique, de justice et d’écologie autant que passionnante dans les anecdotes qu’elle raconte ou la vie qu’elle a menée… Sur cette dernière, elle est moins bavarde que sur Berlusconi ou autres bonimenteurs politiques. Ce qui pousse à la curiosité.

Mais j’ai eu toutes les peines du monde à retrouver le nom et la trace sur Internet de son (ex) mari, Ademaro Bardelli, dont les peintures couvrent encore les murs de la maison toscane mais dont la mémoire traverse peu les conversations.

Bref.

C’est à cause de cette évocation, de la peinture contemporaine italienne, que m’est soudain revenu en mémoire le nom d’Hélène Morio.

J’ai connu Hélène il y a plus de 30 ans, sur les bancs de l’école où nous partagions notre manque d’intérêt pour ce qui nous était enseigné et un certain regard curieux, amusé, de traverse sur le monde qui nous entourait et dont nous ne nous sentions pas toujours appartenir. Je bredouillais déjà quelques lignes laborieuses. Elle dessinait déjà avec une aisance étonnante.

Fille de militaire, Hélène ne resta pas longtemps par chez nous. Mais, malgré la distance et le temps, le souvenir, l’amitié, une certaine tendresse demeurèrent.

Malheureusement, la distance et le temps sont parfois puissants

J’ai reçu une invitation à voir les toiles d’Hélène, exposées à l’hippodrome de Vincennes, quelque temps avant de quitter Paris à la fin des années 80. Elle n’était pas à l’exposition. Ses toiles me touchèrent. Je lui ai envoyé une photo de ma fille, âgée alors d’un an, et j’ai reçu en retour une pochette pleine de photos d’autres toiles… Elle était alors à Rome, assistante d’un peintre dont je n’ai jamais su le nom.

Le temps, la distance encore, les années…

Hier, en cherchant trace de la mémoire d’Hélène, je suis tombé sur une enveloppe premier jour, signalant une de ses expositions à Lyon, en 1989. J’ai retrouvé trace du galeriste. Qui m’a annoncé que :

Malheureusement je suis bien triste de vous annoncer que Hélène Morio est décédée.
Désolé si vous étiez un ami.

Avant d’ajouter dans un mail suivant que :

Hélène est décédée d’une phlébite, elle travaillait en Italie, à Rome, je l’ai exposée à Lyon en 1989, j’aimais beaucoup Hélène, une fille épatante. Elle est morte en 2001 à Lyon.
Voilà, la vie passe.

Le temps, la distance et aujourd’hui quelques larmes. Oui, la vie passe. Que sait-elle faire d’autre ?

Sinon, Dino Risi est mort aussi. Hier. Si vous entendez dire qu’une chaîne de télévision rediffuse Parfum de femme, prévenez-moi.

***

Toutes les images de ce billet sont (bien sûr) extraites des photos envoyées par Hélène…


Forever young - Pas une ride !

Lundi 5 mai 2008

J’ai failli mettre encore le titre en Anglais, mais je me suis repris à temps…

C’est à cause de Paris-Match. Vous me direz que je ne suis pas obligé de lire Paris-Match, ni de regarder TF1, ni de rire avec Bigard, ni d’écouter la StarAc, ni de lire Bernard-Henri-Marc Lévy, ni de regarder le foot. Eh bien, si, j’aime le foot, et je fais bien ce que je veux.

Sauf avec Paris-Match, entre autres, que j’ai cessé de lire en même temps que j’ai cessé d’aller chez le coiffeur depuis que j’entretiens moi même mes reliques capillaires. Ce qui m’épargne des conversations passionnantes : Et vous avez vu la banderole du PSG et cet Autrichien? Si c’est pas une honte! Faut dire qu’avec tous ces pédophiles qui se promènent en liberté, ça devait arriver… Heureusement que les braves petits vont refaire de l’éducation civique dans les écoles. etc. (par exemple)

Mais comme je disais jadis (mais je ne m’en lasse pas): si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi. J’ai beau me foutre de ses journaux autant que de la Simca1000 rose de Mlle Moquet (je vous raconterai), chaque semaine il vient me les fourrer sous le nez à la devanture de tous les marchands de journaux de la ville.

Et quand je vais acheter Le Canard Enchaîné, Le Monde Diplomatique ou France-Football, entre autres… Vlan, prends ça!

C’est comme ça que jeudi, je suis tombé sur M. et Mme Borloo.

Aie!

Je me suis d’abord dit : «Ils vont pas beaucoup vendre cette semaine avec Borloo en couverture…»

Puis : «Il fait vraiment écolo tendance Brice Lalonde et Bernard Tapie…»

Et encore : «Elle fait pas franchement développement durable…»

Et enfin : «Elle fait pas son âge non plus.»

«Mais au fait», me suis-je ensuite demandé en poursuivant mon chemin vers le marchand de journaux suivant, «elle a quel âge la Betty Schönberg?»

J’arrête les guillemets, parce que je trouve c’est un peu prétentieux de se citer soi-même, c’est comme de parler de soi à la troisième personne. Prétentieux et limite schizophrène (que j’ai réussi à écrire du premier coup sans faute).

Donc, Béatrice Schönberg, (Béatrice comme ma sœur et Schönberg comme Claude-Michel, son premier mari que personnellement j’aimerais pas trop que ma femme porte le nom de son ex, même s’il avait écrit une chanson d’amour aussi dégoulinante qu’intemporelle, surtout si d’ailleurs. Quoi que Borloo, quand t’y penses c’est pas terrible à porter comme nom, on dirait l’ours de Mowgli…)

Bref. J’ai pas non plus un nom à me foutre de celui des autres, ça fait longtemps que je suis sans nouvelles de ma sœur et avec tout ça j’ai perdu le début de ma phrase.

Je suis donc allé voir.

Béatrice Schönberg, si l’on en croit, non pas son site officiel qui est très discret sur son âge comme sur ses mariages, mais wikipedia, affiche… 55 ans!

Mazette… Ça conserve la télé.

Et ça participe d’une époque d’apparences, ça promeut la normalisation, ça contribue à modeler des drôles de comportements, à imposer une dictature de l’image, à laquelle il n’est pas si facile d’échapper.

Si les communicants essaient de nous vendre l’art de se “trouver” ou de se “réconcilier” avec soi-même à travers l’art du relooking ou grâce à la chirurgie esthétique, je ne suis pas sûr de souscrire à un “pacte esthétique” dans lequel 54 % des adolescentes désirent changer d’apparence à 11 ans, et 75% à 15 ans! (38% et 43% des garçons…) et où “près de la moitié des seniors pense que la chirurgie esthétique pourrait faire évoluer favorablement leur carrière” (sondage canadien qui n’a aucune raison d’être totalement différent ici)…

Côté ados, ça pourrait évoluer. Du moins en Allemagne où des parlementaires envisagent le dépôt d’une loi interdisant la chirurgie esthétique aux mineurs…

Côté adultes, c’est moins sûr. Au-delà de la rumeur qui attribue l’allongement des pattes (capillaires) sarkozystes à une dissimulation de cicatrices de lifting (après tout pourquoi ne pas berlusconiser jusqu’au bout?), on a appris récemment que la chirurgie esthétique est dopée par le “syndrome Sarkozy”.

Et c’est pas fini.

Car voici Longevi TV, la Web TV de l’anti-aging.

Après le développement durable, le “vieillir jeune”. La tendance est au lifting et aussi à l’oxymore.

Je n’ai pas pris le temps de tout regarder, de Roselyne Bachelot au colloque Unesco Paris-Match, en passant par les publi-reportages pour les différents partenaires. Je me suis juste précipité sur la rubrique “passions de vie”, pas encore très étoffée, mais dans laquelle Mme Sarkozy prodigue ses conseils pour bien vieillir. Ça commence par:

«Avoir un chien c’est très important.»

Et ça se finit avec

«Il vaut mieux un ensemble neuf qu’un lifting.»

Merci maman!

Maman?

Eh oui, après Guillaume au Medef et Nicolas où vous savez, voilà le dernier Sarkozy, François qui vient faire parler de lui. Mais après y’en a plus, promis.

*

Bon, je vous laisse avec Dylan, dans une chanson de 1974. C’était sur Planet Waves, un des premiers disques que j’ai achetés…

Cette première version date de 1976, dans The Last Waltz :

Et la seconde date de cette année. Elle a pas été filmé par Martin Scorsese comme la précédente. Mais c’est un document. 32 ans plus tard, le même, passe de la guitare au piano, change aussi de chapeau et vieillit tranquillement…

La chanson, elle, n’a pas pris une ride.


Vous n’imaginez pas tout ce que abcd etc. peut faire pour vous

Jeudi 24 avril 2008

J’avais envie de décrocher un peu du sarkozysme, des spéculations de toutes sortes, des guerres partout, des oppressions, des inégalités croissantes et des espoirs inversement proportionnels, etc.

Et j’ai trouvé ça :

Chouette, du futile!

N’empêche que, quand même, l’accroche n’est pas si légère, qui parle d’essentiel et nous rappelle à la rareté de l’essence, à l’époque d’un baril de pétrole qui court vers les 120$, sans vraiment de raisons que ça s’arrête en si bon chemin…

Bref.

A l’occasion de ses 60 ans, la Deuche s’expose à la Villette. J’ai trouvé l’info en cherchant le site de Citroën pour leur souffler l’idée qu’après la new beetle teutonne et la néo Fiat 500 ritale, ce serait bien de nous sortir une deuche relookée revival gauloise… Pour notre nostalgie nationale à nous.

Question nostalgie personnelle, je ne me souviens pas vraiment de la première 2CV parentale, vue que j’étais pas encore né et que quand je suis arrivé, vu que j’étais le 4e, c’était plutôt ID19 que 2CV. J’ai lu jadis quelque part (pour dire que je ne me souviens plus ni où ni quand…) que les enfants qui avaient été baladés à l’arrière des ID et des DS dans les années 60 étaient de très mauvais clients Citroën à cause des mauvais souvenirs de vomissements intempestifs provoqués par cette satanée suspension hydropneumatique qui plaisait tant à nos pères.

C’est d’ailleurs pour ne pas vomir que De Gaulle* voyageait debout dans la sienne.

Comme Sarkozy quelques années plus tard, à la différence qu’on est passés en couleurs, que c’est une Peugeot et que j’ai la nausée qui revient.

N’empêche que Jane Birkin en DS et en cuissardes c’est quand même autre chose que n’importe quelle chanteuse en Lancia

Bref, causons 2CV.

Je me souviens par contre de celle achetée par ma mère quelques années plus tard, avec les portes qui s’ouvraient vers l’arrière, l’embrayage centrifuge, la boîte trois vitesses, l’essuie-glace monté sur les roues qui s’arrêtait aux feux rouges et aux stops et les quatre ailes froissées. Mais ça c’était pas d’origine, c’était mes trois sœurs et moi qui avions chacun beugné la sienne en entrant dans le garage. Ça braquait pas bien ces deuches. Faudra qu’ils fassent des progrès pour la réédition.

La 2CV 6 rouge qui m’a pété une durite dans le Lautaret, je préfère la passer sous silence…

Pour se faire des clins d’œil de nostalgie, on peut aussi envoyer des e-cards personnalisées avec le modèle de son choix depuis le site de la Cité des Sciences.

J’avais personnellement choisi celle-ci mais j’avais pas toutes vos adresses…

1970, c’est l’année du raid Paris-Kaboul. L’année suivante, ce fut le Paris-Persepolis-Paris, auquel participait le fils de mes voisins. Depuis il fabrique du fromage de chèvres, les Russes, puis les occidentaux, ont poursuivi la mode du raid en Afghanistan, et les États-Unis s’apprêtent à relancer les raids en Iran… Et pendant ce temps, le Dakar est obligé de se délocaliser…

A propos de délocalisations, de Citroën, de croisière jaune, de pétrole qui augmente et de mondialisation… Le Salon de l’Auto ouvre ses portes au public demain à Pékin.

Pauvre Jeanne d’Arc.

C’est dur de décrocher.

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Deux choses pour finir

* La réponse à la question d’hier était bien Charles de Gaulle, du nom donné à ce modèle de tire-bouchon qui peut lever les bras en disant (en play-back) : «Je vous ai compris!

J’ai oublié, hier aussi, de fêter ici les 80 ans de mon père. C’est pas bien grave vu qu’il ne va jamais sur Internet, mais des fois ma mère lui imprime les billets. Alors, Bon Anniversaire papa!


Les femmes au fourneau

Jeudi 14 février 2008

J’ai l’air malin avec un titre pareil. Surtout un jour de Saint-Valentin.

J’aurais pu la jouer glamour, musique tamisée, ambiance… et tout. Sauf que je suis un indécrottable ringard et que je préfère mon anniversaire à moi tout seul dans 3 jours* qu’un repas au restau avec 30 autres couples dans la salle et les yeux dans les yeux.

Question d’époque. C’est comme Halloween, que je sais même pas écrire et qu’heureusement qu’il y a le correcteur orthographique intégré. C’est pas de mon temps. Même si je suis pas si vieux, des fois je me sens plus tranquille d’être ringard que de vivre avec mon temps à tout prix. Et je te dis pas le prix.

L’autre soir, c’est pour Carnaval que les gamins de l’immeuble sont venus demander des bonbons. Comme quoi ça leur suffit plus Halloween. Et j’en étais à expliquer que Saint Valentin et Halloween c’est kif kif, y’a que le costume qui change. Quoi que…

Je vous jure que c’est l’image qui sort en premier en tapant saint valentin halloween costume dans la recherche images de G***.

Bref, où en étais-je?

Au titre….

Je sais, ça va pas plaire à toutes les lectrices du blougui glop. Mais je vous explique.

Oui, je l’ai lu l’interview de Mme Sarkozy. Eh oui, faudra s’habituer, même si le site de l’Élysée ne mentionne toujours pas la nouvelle. Ils devraient embaucher l’équipe de Martinon pour Neuilly qui est au chômage, s’ils ont trop de taf. Avant le travailler plus pour gagner que dalle, on avait essayé le partage du travail, qui marchait pas trop mal. Reste aussi à faire quelque chose pour le partage des richesses.

Bref. J’ai lu l’interview.

A l’époque où j’avais un seul cadeau à Noël, pas comme ces gosses pourris qui n’en ont jamais assez et qui en veulent plus, bien élevés pour surconsommer plus tard, même si ça suffit plus à éviter la crise de la croissance et à quoi ça sert que cetelem et ses potes se décarcassent pour surendetter les Français… et que Attali et ses potes (comme Orsenna, autre ex de Mitterrand) se drapent dans leur dignité blessée de tant d’incompréhension… et j’ai mis où le début de la phrase?

A l’époque donc des Noëls frugaux, la télévision était en noir et blanc, de Gaulle avait terminé la guerre et sa femme faisait ce qu’elle voulait dans sa cuisine de Colombey… sans en informer la France entière.

Tout ça pour dire? Que j’ai lu l’interview. Que j’aurais pas acheté l’Express pour si peu et que je suis pas d’accord avec Mme Sarkozy: Internet ça a du bon. Sinon c’est pas la peine que j’en rajoute dans les commentaires, et la linotte s’est rendue compte elle-même du “danger potentiel qu’elle représente“. On voit bien qu’elle a pas connu la guerre, les conférences du presse du général à la place des émissions pour enfants ni tante Yvonne, tiens.

Bref, passons. C’est jour de fête.

Respectons donc la vie privée, souhaitons ce qu’ils veulent à tous les amoureux, y compris ceux qui feraient mieux de tourner 7 fois la langue dans la bouche de l’autre avant de dire des conneries. Et si, comme l’affirme Mme Sarkozy en titre de son interview elle veut “faire de son mieux”, le mieux qu’elle a à faire c’est de la fermer.

Comme Mme Obama d’ailleurs, qui dans le même Express nous annonce qu’elle est prête “à devenir first lady”.

Je n’ai pas voté Sarkozy et il n’est pas mon président. Et je n’ai pas été sondé sur ma préférence noir ou femme aux USA. Mais, à une époque où la démocratie va bien mal en France comme ailleurs, c’est pas le moment d’en rajouter. Les femmes de…, personne ne vote pour elles. Alors qu’elle restent où elles veulent et qu’elles s’y tiennent.


Dimanche

Dimanche 3 février 2008

Deux ou trois choses en vrac…

Pour la première, l’actualité est largement dépassée, puisque la petite Galla doit aller sur ses 3 ans. C’est pour sa naissance que Faris Nourallah a composé une berceuse et que son père, Jérôme Fréling, a eu l’idée de demander à d’autres artistes de le rejoindre sur une compilation proposée en téléchargement gratuit. Have a good night, est une occasion “rêvée” de connaître 17 artistes pop, rock, folk, et de s’enrouler dans leurs petites douceurs. Non seulement vous pouvez télécharger les morceaux, mais aussi les pochettes dessinées par des enfants. Deux autres compilations ont suivi, Have a good night star / moon, qui explorent d’autres territoires musicaux, parfois plus déroutants… Avec d’autres dessins.

have a good night

Comme quoi, il est possible d’avoir une attitude autre que marchande sur le web.

*

L’immatériel et l’économie de la connaissance sont parmi les pistes qu’explore André Gorz dans sa critique du capitalisme et sa quête d’une sortie possible.

«L’économie de la connaissance se donne ainsi pour base une richesse ayant vocation d’être un bien commun, et les brevets et copyrights censés le privatiser n’y changent rien ; l’aire de la gratuité s’étend irrésistiblement. L’informatique et internet minent le règne de la marchandise à sa base. Tout ce qui est traduisible en langage numérique et reproductible, communicable sans frais tend irrésistiblement à devenir un bien commun, voire un bien commun universel quand il est accessible à tous et utilisable par tous.»

L’article est disponible dans le dernier numéro de la revue Ecorev et aussi dans le dernier livre de Gorz, Ecologica, paru à titre posthume. Lisez aussi, si vous en avez le temps, la magnifique Lettre à D.

J’ai trouvé pour vous sur Internet, un autre texte de ce même ouvrage, pour vous donner envie d’y aller voir. L’idéologie sociale de la bagnole est paru en 1973. Et ce texte est encore tellement d’actualité:

« La ville » est ressentie comme « l’enfer », on ne pense qu’à s’en évader ou à aller vivre en province, alors que, pour des générations, la grande ville, objet d’émerveillements, était le seul endroit où il valût la peine de vivre. Pourquoi ce revirement ? Pour une seule raison : la bagnole a rendu la grande ville inhabitable. Elle l’a rendu puante, bruyante, asphyxiante, poussiéreuse, engorgée au point que les gens n’ont plus envie de sortir le soir. Alors, puisque les bagnoles ont tué la ville, il faut davantage de bagnoles encore plus rapides pour fuir sur des autoroutes vers des banlieues encore plus lointaines. Impeccable circularité : donnez-nous plus de bagnoles pour fuir les ravages que causent les bagnoles.

La seule chose qui a vraiment changée depuis 1973, c’est le prix de l’essence à mettre dans la bagnole.

André Gorz s’est donné la mort, aux côtés de sa femme Dorine, malade et condamnée, en septembre 2007.

*

Juste un truc au passage. Le texte sur la bagnole a été publié à l’origine dans un journal appelé Le Sauvage. Il a son site Internet, pas encore animé, mais . À suivre…

*

La dernière chose, on s’en contrefout. Et on est désolé que Bernadette Chirac n’ait rien de mieux à faire.

Je signale juste à Bertrand Bouvard, qu’une fois de plus le site de l’Elysée n’est pas à jour. A l’heure où j’écris ce billet (22h heure française), le président n’y est toujours pas marié. Ça fait pas sérieux. Rien n’est suivi dans cette maison. Comme pour le pipolistique : après toutes ces simagrées devant les photographes, on pouvait espérer un mariage en direct sur les télés du monde entier. Eh ben non ! Même pas la nuit de noce sur Direct8, la chaîne de Bolloré qui doit avoir les boules d’avoir tant donné et d’être si peu payé en retour. Bref…

Aucune confiance à avoir dans des individus pareils. Lisez Gorz pour avoir des idées d’alternative.

Et faute de nuit de noce*, restent les berceuses qui sont, elles, de qualité…

*Pas forcément d’un grand intérêt malgré la vantardise du protagoniste (voir le prologue d’hier). C’est ceux qui en parlent le plus qui…


Yvan-Chrysostome Dolto est mort

Vendredi 18 janvier 2008

C’est en cherchant un peu de matière pour vous écrire un billet sur la disparition de la pub dans l’audiovisuel public, que j’ai appris la triste nouvelle :

CARLOS EST MORT

En bon professionnel, je suspend instantanément le programme prévu pour un billet spécial.

Et j’ai pas grand chose à dire. A part préciser que Carlos est bien le fils de Françoise Dolto mais qu’il n’a rien à voir avec une certaine Carla… C’est juste un peu de nostalgie qui remonte, une minute de silence en lisant la nécro du Monde, deux minutes de sourire en lisant deux articles du Nordenstar, trois minutes de doux rire en regardant la vidéo de Big Bisou (avec Jo Dassin et Dave !) tout en lisant les hommages des internautes. Si vous avez envie de laisser à votre tout un message, le site officiel Musicarlos recueille les témoignages de sympathie qui seront prochainement réunis dans un livre d’or…

Et voilà…

Quand même, la mort de Carlos c’est un peu comme si j’apprenais qu’on ne fabrique plus de Carambar (même si j’en mange plus à cause des couronnes qui restent collées dedans…), que le Tour de France est annulé pour cause de dopage ou qu’on va supprimer la réclame à la télé (alors que je regarde ni l’un ni l’autre…)

Vous admirerez au passage comment je retombe sur mon sujet.

Seulement, à force d’écouter Carlos sur le site de Télérama (essayez de lancer les 5 chansons en même temps, vous allez vous croire au Camping du soleil!) ou de regarder Señor Meteo sur celui de l’INA (qui proposera dès demain un “dossier vidéo et audio, avec près de 70 documents sur l’artiste aux chemises à fleurs”) le temps a passé et j’ai peur de bâcler.

À vrai dire, j’ai du mal à m’indigner. Même si c’est pour goinfrer ses potes Bouygues ou Bolloré que Sarkozy a décidé de supprimer la publicité télévisée, ça va pas me manquer. Je sais, j’ai écrit ailleurs que je ne regardais pas la télévision. Mais je pense aux autres. Et aussi avec nostalgie à l’époque où La piste aux étoiles, Les Dossiers de l’écran ou Le Grand échiquier commençaient à 20h30, directement après les infos… Les plus jeunes (qui paraît-il fréquentent aussi ce gloubi-glop sans autorisation parentale), s’ils me croient pas, peuvent vérifier auprès de leurs parents. Et leur demander au passage si vraiment c’était plus nul?

Alors, comme Bernard Langlois dans Politis, je dis que ça vaut le coup de dire chiche !Il paraît que même sans publicité, la BBC c’est pas si mal (même si de Carolis , qu’a rien à voir avec Carlos, a tout d’un opportuniste)…

Il faudra bien sûr faire des économies ici ou là. Comme par exemple les 120.000€ annuels pour trois minutes hebdomadaires de Christine Ockrent (à savourer aussi sur le site de France 24).

Et même si ça n’a aucun rapport, je ne peux pas m’empêcher ici de citer le médiati-dopé: “Il n’y a pas de pouvoir d’achat sans travail”.


Pas trop vite

Samedi 12 janvier 2008

Je ne me souviens pas vraiment de la recette des garçons que mon père avait transmise à mon pédiatre. Il faut dire que je n’avais pas l’âge de comprendre ces choses-là. Je venais de naître, 4e enfant d’une famille dans laquelle 3 filles m’avaient précédé.

Passons sur la projection de mes parents, sur leur impérieux désir de fils, sur les différentes formes d’héritage, etc. Je voulais juste évoquer la “recette” des garçons ou des filles, que mon père se targuait d’avoir découverte après 3 tentatives infructueuses et qu’il avait donc transmise au pédiatre. Lequel, après trois filles, eut à son tour un fils et offrit le champagne à mon père. Peu importe que le fils du pédiatre ait mal tourné. Moi ça va pas trop mal, merci.

Je n’ai jamais réussi à démêler le vrai du faux dans cette histoire de vitesse et de résistance des spermatozoïdes. A part que je suis bien né garçon. Mais je doute aujourd’hui que mon père ait vraiment inventé cette technique que l’on retrouve ici ou ? Sinon, c’est dommage qu’il n’ait pas pensé au brevet. A défaut de nous rendre riche, ça aurait rendu le nom célèbre.

Bref…

Tout ça pour dire que ça va trop vite. Même si ce n’est qu’une rumeur (relayée à l’étranger mais démentie par ceux qui en seraient à l’origine), une grossesse moins de deux mois après une rencontre… Sans parler de morale, c’est nul en matière de communication.

Alors qu’on aurait pu faire durer le plaisir et profiter de toutes ces occasions de détourner l’attention du bon peuple que nous sommes des problèmes de société, d’immigration, d’éducation, de justice, d’inégalités, de banlieues diverses, etc.

Et de temps en temps un coup de semonce sur le respect de la vie privée avant de repartir pour un tour d’exhibitionnisme.

Tant pis pour eux. Et exit les gros titres sur “Carla arrête la pilule”, “Carla profite des soldes pour acheter des test de grossesse”, “Carla ne suit plus les conseils de Balkany en matière de sexualité”, “Carla et Nicolas font du tourisme érotique au pays des 1001 nuits, du kamasutra ou du tantrisme”, “Carla met Nicolas au régime fille”, “Carla informe Nicolas de ses dates d’ovulation”… J’en avais plein en réserve.

Tant pis pour moi aussi. Mais je ne suis pas si sûr d’avoir envie que l’audience de ce ce blougui boulga (j’ai toujours pas trouvé un autre nom que blog) monte avec des histoires de fesses (déjà que 20% de l’audience d’hier s’est faite avec des gens qui cherchait Simone de Beauvoir nue).

Et j’ai pas envie non plus que mon père donne des cours de spermatozoïdes à l’omniprésent si peu président…


Et si c’était tes gosses ?

Mardi 8 janvier 2008

Ma fille avait à peine 6 ans et mon fils à peine 3 ans.

Le 15 mai 1993, à l’aube, le RAID abattait de trois balles dans la tête Erick Schmitt (dit Human Bomb ou HB), qui détenait en otage depuis près de 2 jours les enfants d’une classe de la maternelle Charcot(*) à Neuilly-sur-Seine.

(Je ne savais pas trop comment illustrer cet article…)

Je ne ressors pas ce souvenir pour évoquer la participation à ce fait-divers de l’alors maire de Neuilly appelé depuis à de plus hautes fonctions. Je voulais juste rappeler les débats houleux qui m’opposèrent à l’époque à la plupart des parents d’élèves de la maternelle que fréquentait ma fille (et pas encore mon fils qui créchais tranquillement), bien loin de Neuilly. Quand je faisais part de mes doutes sur les éléments “troublants” de cette affaire et sur la précipitation à abattre un homme, je devenais suspect de complicité d’assassinat… d’enfant.

Et une question revenait, invariablement, éructée par mes interlocuteurs vengeurs : “Et si c’était tes gosses ?”

Depuis maintenant 15 ans, ma réponse n’a pas variée. Le premier qui touche un seul cheveu d’un de mes enfants est un homme mort. Mais les enfants de la maternelle de Neuilly ne sont pas mes gosses, pas plus qu’ils n’étaient ceux des bien-pensants qui me postillonneraient encore volontiers au visage aujourd’hui.

Les arguments avancés par les défenseurs de la loi sur la «rétention de sûreté», présentée aujourd’hui en procédure d’urgence, s’appuient sur le même jeu émotionnel insupportable et tente de passer de l’inacceptable au niveau individuel à une législation inacceptable. Glissement de démagogue!

“On essaie d’utiliser l’émotion créé et amplifié dans l’opinion publique, pour assoir une mesure qui de toute façon sera inefficace, car elle n’est ni bâtie sur la réflexion, l’intelligence ou l’histoire, mais sur la simple émotion”, s’indigne Serge Portelli, vice-président du TGI de Paris. Robert Badinter, défenseur en 1981 de l’abolition de la peine de mort (contre l’opinion publique), dénonce pour sa part “une dérive dangereuse de la justice”.

Un “appel à signature contre l’instauration d’un enfermement sans fin sur présomption de dangerosité” a été lancé par le Syndicat de la magistrature et deux autres organisations. Parmi les organisation signataires on retrouve les Verts, la LCR et le PC (ainsi que les jeunes socialistes, les vieux étant trop occupés à savoir qui est un vrai opposant).

(*) Détail supplémentaire (et à propos de Charcot): La loi prévoit la création de centres “socio-médico-judiciaires” pour y accueillir parquer ces prisonniers non libérables. L’état de la psychiatrie carcérale n’est pas des plus brillants dans notre pays. Je rappelle juste au passage que le rapport du Comité européen pour la prévention de la torture publié en décembre dernier qualifiait de “traitement inhumain et dégradant” la situation de plusieurs détenus, notamment ceux atteints de troubles mentaux.

Mais ceux-là, c’est les gosses de personne. Circulez…


Marché…

Jeudi 27 décembre 2007

Je me souviens de ma mère achetant le premier magnétoscope familial. Je dis bien ma mère, car c’est le genre d’acquisition à laquelle mon père ne participait que sur un plan financier et critique, laissant son épouse se débrouiller des aspects techniques. En résumé, après quelques heures de profond désarroi devant l’appareil et l’impossibilité de le faire fonctionner correctement, malgré une notice copieuse, ma mère convoqua le revendeur. Qui vint quelques jours plus tard lui expliquer les arcanes de la technique de l’enregistrement en VHS…

J’ai pensé à ça hier, en voulant recharger mon mobile. Je m’enorgueillis de posséder un forfait bloqué à 1 heure par mois, mais il ya des mois où je laisse mon orgueil de côté parce que j’ai dépassé le temps imparti. Comme hier.Hier midi, en retirant de l’argent dans un distributeur automatique, je tente donc de remettre des minutes dans l’appareil. Je suis tout le processus tel qu’indiqué à l’écran, tape mon code de carte bancaire et… rien. La machine s’arrête en me signalant qu’elle ne pouvait achever sa mission.

Qu’à cela ne tienne. Le soir, en sortant du travail, j’achète dans un bureau de tabac un ticket à 14 chiffres, et je m’empresse d’appeler le numéro inscrit sur le ticket pour lui communiquer mes 14 chiffres. “Votre mobile n’a transmis aucun chiffre”, m’annonce une merveilleuse voix synthétique à deux reprises. Prévenu par un avertissement sur le ticket que je n’ai droit qu’à 3 essais, je raccroche et réessaie de manœuvrer le second numéro inscrit sur le ticket, qui fonctionne lui grâce au clavier de mon mobile. ET voilà que l’écran inscrit que la manœuvre ne peut aboutir, sans plus.

Chance! Je passe à ce moment pas très loin d’une agence aux couleurs de mon opérateur où, après quelques minutes d’attente occupées à lire une brochure très rassurante sur l’innocuité des émetteurs de téléphonie mobile, une jeune femme adresse mes 14 chiffres à un troisième numéro, connu d’elle seule, et qui accepte de me créditer mes 10 euros.

Tout ça pour dire?

Ah oui, j’allais oublier. Juste ça. Je me sens parfois doucement vieillir, observant un monde aux modes d’emploi de plus en plus élaborés. Me sentant chaque jour un peu plus ringardisé. Soulagé d’échapper aux sirènes du consumérisme, mais un peu perdu dans ma possibilité simple de fonctionner. Je ne suis pas bien sûr qu’aujourd’hui le vendeur de magnétoscope se déplacerait pour m’expliquer le mode d’emploi. Il me donnerait un lien vers un site internet ou un numéro surtaxé, où un jeune Marocain ou Indien m’écouterait gentiment avec la fiche de procédure sous les yeux… Et pourtant, je suis sûr que le besoin grandit. Et que la désemparétude technologique s’accroît.

Comme quoi, je ne suis pas sûr que l’économie de marché soit vraiment à l’écoute de la demande. Malgré ce que certains continuent de vouloir croire et vendre.


Bayard

Jeudi 20 décembre 2007

J’aime bien quand, d’un jour à l’autre, il y a dans ces pages une impression de cohérence. C’est pour ça que j’ai mis cette image en exergue, mais en fait, c’est celle-là qui est plus parlante :

Vous aurez tous reconnu le fameux chevalier Bayard. Et si vous ne l’avez pas reconnu, j’ai comme un doute, et vous avez droit au rattrapage. Ça y est?

Si la culture est vraiment ce qui reste quand on a tout oublié, Pierre Terrail de Bayard fait partie de notre patrimoine culturel, dans lequel il figure en bonne place sous l’intitulé de “chevalier sans peur et sans reproche”.

Et ce matin, à l’écoute des infos, j’ai pensé à lui. Et à la fameuse phrase : “Quand on n’a rien à se reprocher, on n’a pas à avoir peur” que décline à l’envi le bon sens populaire. Excusant du coup les caméras de surveillance à tous les coins de rue, les contrôles d’identité, les tests ADN, la surveillance de l’Internet, les fichiers qui se multiplient avec la bénédiction d’une CNIL impuisante (cf le dernier Canard enchaîné), la biométrie, la chasse aux clandestins, les étoiles jaunes…

Notre omniprésident ne rechigne pas à décliner le bon sens populaire et à fustiger les opposants à une société de l’omnisurveillance sur l’air de “quand on a rien à se reprocher…” Il pratiquait déjà le genre comme ministre de l’Intérieur, quand il susurrait à une Arlette Chabot déjà béate :

“Quand on n’a rien à se reprocher, on n’a pas à avoir peur de la police.”

Et depuis ce matin, la question me turlupine. Si c’est vraiment vrai que t’as pas à avoir peur (de la police) quand t’as rien à te reprocher, ils sont passés où les policiers de la deuxième voiture de l’accident de Villiers-le-Bel il y a trois semaines? Ils avaient quoi à se reprocher pour avoir une attitude si peu… chevaleresque?

Allez, pour détendre l’atmosphère, je vous laisse un dernière image.