Si les mots ont un sens, il devrait être interdit de montrer du doigt (pourfendre, écrivent même les gazettes) un capitalisme “sans foi ni loi” sans recevoir une avalanche de quolibets, quand on a posé comme premier geste présidentiel un cadeau à 15 milliards pour les riches. Ce qui ne témoigne pas franchement d’une volonté de meilleure répartition des richesses. Mais puisque ça continue de marcher, pourquoi se priver? Pourquoi arrêter de nous prendre pour des cons, tout en prônant même l’intelligence? Pourquoi s’attarder à imaginer le partage quand on est encore avide de croissance?
Bref. Avec une croissance qui frôle les 10%, l’Inde et ses quelques milliers de milliardaires (en roupies mais ça fait quand même correct) se coltine encore un bon quart de population pauvre.
L’avantage des pauvres est qu’ils fournissent une main d’œuvre à bon marché. Et avec une classe moyenne estimée à 300 millions de personnes, avides de consommer, ça fait malgré tout un bon vivier d’acheteurs potentiels auxquels fourguer les produits fabriqués par les premiers. Je sais, c’est pas aussi simple. C’est quand même pour cette frange de consommateurs, aux soifs d’aujourd’hui gourmandes en énergie, qu’on déplace notre VRP en chef pour promouvoir nos centrales nucléaires made in chez nous qu’elles sont tellement plus belles que toutes celles d’ailleurs.
Quand tu vois l’état des routes et la manière dont avance les travaux d’entretien, tu commences à avoir des doutes sur la maintenance dont bénéficieront les centrales une fois plantées dans le paysage indien. Tu te rassures comme tu peux en te disant que Mumbaï est moins la porte à côté de Tchernobyl, mais si t’es pas que égoïste, t’essaie de te souvenir de Bophal. Et revenez pas me parler d’amalgame!
Mais notre VRP s’lâche a rien vu. C’est pas de sa faute. Je me suis laissé dire que quand le Premier ministre indien est venu en visite à Pune university, l’accès au campus a été verrouillé et ils en ont profité pour refaire le bitume. A mon avis, c’est une pratique pas typiquement locale qui explique assez bien l’aveuglement des dirigeants divers et variés. Et pourquoi t’as des conseillers qui sont obligés de faire des courses à la con pour pondre des notes avant les débats…
Bref. Revenons à Sarkozy, passant du Taj Mahal (pas repeint) à sa suite présidentielle (single), de l’aéroport aux réceptions officielles, sur des routes pimpantes de goudron tout neuf. Situation pas idéale pour voir la réalité, reconnaissons-le. Surtout avec la clim et les vitres fumées.
Je sais, parce que j’ai eu ça à l’aller. Pas le goudron neuf mais les vitres fumées et l’AC dans le Volvo rutilant. Je vous dis pas la fierté du type de l’agence qui m’a vendu l’aller. Largement plus que le vendeur du billet de retour.
Le bus de retour, un Tata local, était moins cher et plus rustique, plus bombé, pas climatisé avec des ventilateurs en panne, accrochés entre des fenêtres à partager avec les passagers de derrière, que mon fils s’est dépêtré avec la vieille qui voulait pas céder un pouce de sa vitre et bloquait de toutes ses forces de vieille Indienne, ne manquant pas d’air (au sens propre aussi) en nous obligeant à transpirer sec (si j’ose dire). En résumé, un véhicule plus propice pour apprécier la qualité des routes entre Aurangabad et Pune.
Avec deux avantages cependant par rapport à son collègue (j’ose pas dire homologue) de l’aller.
D’abord le film était sous-titré en anglais ce qui permettait de mieux apprécier les charmes de l’intrigue, du mélange kitsch, thriller, comique, bagarre au couteau, meurtre au rasoir, courses poursuite, un peu de polar banal, d’explications psychologiques et retour au sentimental. Le tout en 3 heures chrono. J’ai pas noté le titre, désolé. Mais en fredonnant l’air de l’aller, j’ai retrouvé le premier: Bhool Bhulaiyaa. Allez voir au moins les bandes annonces.
Je passe les détails que j’avais prévu sur Bollywood, la production cinématographique indienne, la productivité du travail indien, etc. Y’a qu’un ordinateur pour trois, et mon fils (Simon, le même qui se dépêtre si bien avec les veilles indiennes et aussi bien avec son père) piaffe pour aller parler à la France sur MSN.
Le deuxième avantage du car de retour était dans sa vitesse. En contemplant sa dextérité dans le pilotage entre les accidents de la chaussée et les dépassements en troisième file, je me disais qu’il faudrait que je rectifie le billet sur les rickshaws. Certains chauffeurs de car indiens sont très largement à la hauteur d’un Schumacher quelconque. Dans le genre dépassement impossible, comme à Monaco, avec en plus un autre bus qui arrive en face sans ralentir. Et ça passe!
J’en étais à ces élucubrations sur la concurrence des pilotes après un dernier pointage, à hauteur de la pancarte: Pune - 20 km. Compte tenu des arrêts pipi, repas et dépose-minutes, on avait alors près d’une demi-heure d’avance sur le Volvo de l’aller. On tenait le record. Je sentais Ferrari menacé dans sa suprématie.
C’est juste après, à l’occasion d’un magnifique dépassement d’un autre autocar qui nous avait provoqué, dépassement au freinage dans un virage bien raide, que notre pilote fut victime… d’une déplorable crevaison.
Arrêt aux stand, sur la non bande d’urgence, où un confère de passage nous secourut pour la modique somme de 20 roupies par passager. Y’a pas de morale…
PS : Tout ces kilomètres pour aller aux grottes d’Ellora. Magnifiques. Je vous laisse aller voir sur le site de l’Unesco (qui les a classées patrimoine de l’humanité) ou ailleurs sur le web. Je vous mets juste la photo de l’écureuil que j’ai fini par capter dans le viseur, après qu’il m’ait bien nargué.
