Mai 68™

En 1968, je paniquais sur les banc de l’école face à Mlle Moquet, une institutrice sadique dont nous nous vengions en pointant du doigt sa voiture, une Simca 1000 rose immatriculée KK.

Pour ceux qui seraient nés bien après 68, voilà une photo de Simca 1000 trouvée sur Internet et rosie par mes soins.

Pour ceux qui seraient nés après 1986, Simca (Société Industrielle de Mécanique et de Carrosserie Automobile) était une marque automobile française, disparue en 1986 après bien des avatars, dont un rachat par Chrysler qui acheva la destruction de la marque.

Chrysler rose est une chanson de 1971 et de Dashiell Hedayat (disponible sur simple demande), qui n’a rien à voir ni avec la Simca 1000 de la mère Moquet ni avec une autre chanson des Chevaliers du fiel que j’ai découvert en préparant ce billet (disponible ici).

La voiture derrière la Simca 1000 est une Renault 16. C’est nos voisins qui en avaient une et depuis toutes ces années Renault a quitté Billancourt.

Les temps changent.

Et ça fait presque 10 jours que j’ai commencé ce billet, sans parvenir à lui donner tournure.

C’est la faute à Cohn-Bendit.

Lequel, bien aidé par les médias, est devenu le symbole d’une révolte, l’emblème d’une époque pour finir par apparaître comme le propriétaire de Mai68™… 40 ans après, Cohn-Bendit continue de se mettre en scène et me dégoûte. Sur la page d’accueil de son site Internet, un diaporama de près de trois minutes fait défiler plus de 60 images d’un mégalo tout désigné pour aller discuter de la liquidation de Mai68 avec un autre mégalo… Comme un vulgaire propriétaire* !

Et en bon entrepreneur, après avoir déposé le bilan de la boîte, Cohn-Bendit entreprend de lancer une opa sur l’écologie européenne en association avec Nicolas Hulot

Pauvre Cohn!

N’empêche, même si c’est joli ce vert en dessous du rose de la Simca 1000 de cette enfoirée de Mlle Moquet, je me voyais mal barré pour causer de Mai68. A part pour parler des Shadoks. Mais je sentais bien que, même si ça mettait encore un peu de couleur, j’esquivais quelque chose d’important. Tout ça, à cause de ces anciens combattants bien au chaud dans leur réussite sociale aux frais de l’idéal révolutionnaire…

Et puis, cette semaine, plouf!…

Plouf, pour ceux qui ne connaissent pas c’est la rubrique hebdomadaire de Jean-Luc Porquet dans le Canard enchaîné.

Le Canard enchaîné, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est l’autre hebdomadaire sans publicité paraissant le mercredi, sauf que celui-là n’a pas comme rédacteur en chef un autre avatar mégalomane de mai68 (Philippe Val pour le nommer quand même) qui a mal tourné.

Jean-Luc Porquet, pour ceux qui ne connaissent pas, est un journaliste qui regarde son époque avec acuité, qui en pointe les dérives avec encore assez de colère et écrit des chroniques teintées d’assez d’utopie, pour qu’on espère avec lui que les choses ne sont pas figées et que le monde n’est pas complètement foutu. Le genre de personnes dont personnellement j’ai un grand besoin de savoir qu’elles existent.

Bref, pour ceux qui connaissent pas… Je commence à être inquiet, mais je suis content de partager avec eux. Comme je suis un peu fainéant, je vous reproduis pas le texte, mais le Canard est en vente jusqu’à mardi prochain et le billet “Plouf!” est en page5.

Il y dénonce la disparition, “dans le grand cérémonial médiatique”, de tout ce que mai 68 comportait comme dénonciation de la société de consommation. Jusqu’à réécrire les “événements” et faire de mai 68 “le triomphe de l’individu, nombriliste et jouisseur, donc consommateur“… Allez le lire.

L’article se conclut, coïncidence, sur une citation extraite de Rêves de droite, le livre de Mona Chollet dont je vous ai déjà parlé ici.

“Quelle place reste-t-il pour l’individualité quand on est hypnotisé par l’industrie du divertissement, harcelé par la technologie, matraqué par la publicité, endoctriné par l’entreprise, infantilisé par les coachs ? L’époque n’est pas celle de l’individu roi, mais de sa destruction.”

*

Mercredi, après le Plouf, j’ai aussi reçu Témoignage Chrétien. C’est ma mère, que je remercie au passage, qu’i m’envoie toutes les trois semaines, les trois derniers numéros après les avoir lus.

Coïncidence encore…

Le numéro du 17 avril consacre 10 pages à la parole des anonymes. Loin des stars et des paillettes, comment des millions d’individus se sont trouvés bouleversés, changés, transformés… Loin de la commémoration, un véritable travail de mémoire pour y plonger les racines du présent.

Quant au numéro du 24 avril, il évoque le mai 68 des chrétiens, à travers notamment un entretien avec Jean Cardonnel.

Pour ceux qui ne connaissent pas, Jean Cardonnel est un vieux bonhomme de 87 ans qui croit à la fois en Dieu et à la soif de justice qui doit être rassasiée… ce qui n’est pas pour plaire à tout le monde dans l’église, notamment au prieur du couvent des dominicains de Montpellier, qui vient d’être condamné pour violation de domicile pour avoir “expulsé” ce trublion en 2002.

Bref…

Le 22 mars 1968, alors que Mai est loin encore, Jean Cardonnel donne une conférence de carême à la Mutualité, dans laquelle il propose une redéfinition du jeûne, loin de la pénitence-mortification :

« Ne savez-vous pas, dit Dieu l’Infini, quel est le jeûne qui me plaît, ma Parole ? Rompre toutes les chaînes injustes. Détruire ce qui asservit les hommes, les femmes, les humains. Renvoyer libres les opprimés, briser toutes les servitude, tous les esclavages. Partager ton pain avec l’affamé. Héberger les pauvres sans abri. Vêtir celui que tu vois nu. Et ne pas te dérober devant ta propre chair. »

Une nouvelle définition du carême qui passe par …

«[...] une grève générale qui paralyserait les mécanismes d’injustice, l’actuel engrenage des structures de mort du Tout marché de plus en plus mal déguisé en société…»

N’en déplaise aux arrivistes et à la mère Moquet, quelque chose de 68 est plus vivant… et plus nécessaire que jamais.

2 Réponses vers «Mai 68™»

  1. Pauline à dit:

    Pas facile de raconter mai 68, surtout à l’étranger, surtout en Argentine où les milieux de la gauche étudiante en ont fait une révolution. Parfois je me dis qu’on leur a caché deux trois trucs, comme les reconversions de Cohn, Val et j’en passe. Mais parfois je me dis que c’est nous, du haut de toute notre déception qui en avons oublié quelques uns.

    Mais parfois, ma technique pour expliquer les conséquences de mai 68 aux argentins est la suivante:
    Je montre mon guide du routard. Sur la vieille version de mes parents qui date de 1974 tu as répértorié tous les bouibouis Péruviens, les lieux pour manger pour deux sucres (qq centimes) et des descriptions type: lieu agréable mais sans matelas avec salle de bain mais dans la cour. Sur celui que j’ai acheté il y a un an y a le sharenton des chutes d’Iguazu à 200 euros la nuit et les milongas de Bs As à 100 euros le repas-show. Le public n’a pas changé, les mochileros ont troqué leur sac du surplus de l’armée contre une valise à roulette et leur condition d’étudiant fauchés contre une travail bien rémunéré et une bonne consciences héritée de ces années oú ils ont lancé trois pavés.

    L’histoire dira si les quelques pavés que quelques uns de ma génération sont en train d’essayer de désenclaver ne se transformeront pas en éditoriaux de Charlie Hebdo.

  2. ta fille en Inde à dit:

    bravo mon papa…
    et bien joué ma Po.
    la lutte continue!

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