Et Adam dit quoi?

Mercredi 30 avril 2008

Vous connaissez l’histoire de Dieu et d’Adam.

Dieu est humour

Oui celle-là :

Dieu dit à Adam :
– J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi Adam, laquelle veux-tu connaître en premier ?
Adam répond :
– Dites-moi la bonne d’abord.
– Je vais te donner un pénis et un cerveau. Grâce à cela, tu auras beaucoup de plaisir et beaucoup de raisonnement.
– Super ! Et c’est quoi la mauvaise nouvelle ?
– C’est que ta pression sanguine ne te permettra que de faire fonctionner un des deux organes à la fois.

C’est la vie…

Le rapport de l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale (ONPES), remis hier à Christine Boutin, la ministre du Logement et de la Ville, ainsi qu’au toujours haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, Martin Hirsch, est pas aussi drôle mais dans le même genre.

La bonne nouvelle c’est qu’il n’y a pas plus de pauvres en France. Selon les sources la pauvreté «reste stable» (Libération) ou «touche un moins grand nombre de personnes» (ministère), mais ça n’augmente pas. Dans une conjoncture où tout a tendance à augmenter, mis à part les salaires, c’est plutôt rassurant, surtout pour ceux qui se demandaient si par hasard ils n’étaient pas en train de glisser subreptiscement sous le seuil de pauvreté. Eh non! C’est juste le prix des fraises, du gaz et des pâtes aux œufs frais, qui va redescendre dès qu’on aura construit assez d’hypermarchés pour relancer une saine concurrence en embauchant quelques caissières payées une misère (sur la page d’accueil de CQFD, vous pouvez passer à la caisse pour les soutenir)…

Pauvre con-génital

Parce que la mauvaise nouvelle, c’est que la situation financière des pauvres ne va pas vraiment en s’arrangeant… et que, selon le rapport, 7% des salariés y sont eux, en-dessous du seuil de pauvreté. La France qui se lève tôt devrait encore avancer le réveil pour sortir de la merde, comme l’y encourage madame Boutin la ministre, en rappelant que la loi TEPA votée l’an passée favorise les heures supplémentaires des plus pauvres et pas seulement les abattements fiscaux des plus riches.

Une meilleur communication, qu’ils disaient.

Mouais…

Sarkozy, qui nous avait promis de réduire la pauvreté d’un tiers en 5 ans, n’a plus que 4 ans pour réduire la pauvreté d’un tiers… Et son obsession du travail a également bien mauvaise mine. Encore quelques promesses en voie d’extinction. Mais personne n’a jamais demandé à Chirac d’aller barboter dans la Seine.

Mais depuis quand on élit des présidents tenus de tenir leurs promesses?

Nouveau riche

Pendant ce temps, pour les riches c’est la même chose… Quand je vous disais que tout augmente. Pendant que les pauvres s’enlisent, les riches s’envolent. Même en France où on nous explique depuis si longtemps que tant de freins entravent la liberté de gagner de l’argent sans vergogne.

D’ailleurs, au moment où le CAC40 redresse la tête et se rapproche des 5000 points (ce qui ne va pas forcément faire baisser le prix de la baguette), on apprend avec fierté que la numéro 1 des femmes milliardaires est française. Merci donc à Liliane Bettencourt et à tous les riches de France de nous donner des raisons d’espérer.

Riche… héritière

Et si les pauvres viennent nous donner de nouveau le blues ou mauvaise conscience, y’aura qu’à jouer de la statistique, comme pour le chômage… ou comme en Inde.

Vivement demain, que je fasse ce qui me plaît!


CQFD

Mercredi 30 avril 2008

A l’heure où ce billet sera en ligne, notre honte présidentielle visitera Carthage.

Entre son injure aux Droits de l’homme, renforcée par les reculades de Rama Yade qui confirme à chaque occasion son rôle de potiche colorée, ses insultes à l’intelligence des peuples et ses relents colonialistes à répétition (“Vous avez une main d’œuvre qui ne demande qu’à être formée. Nous avons beaucoup d’intelligence et beaucoup de formation”), ses obscénités de représentant de commerce plein de morgue avec sa top-model en porte clefs qui se la joue dame de charité dans les orphelinats… Qu’est ce que vous voulez que je vous dise à la fin d’une journée de travail*, et que vous ne sachiez déjà ?

Rien…

J’arrive à peine à me consoler en me disant qu’un an est déjà passé, qu’il n’en reste plus que 4 et que, plus on avance en âge plus le temps nous paraît court, comme j’avais entendu l’expliquer un jour Albert Jacquard sur France Culture. A propos d’Albert Jacquard, j’ai pas retrouvé les références de la chronique mais je viens de mettre la main (l’œil) sur cet excellent (Finitude de notre domaine) article paru il y a déjà 4 ans dans le Monde diplomatique et qui semble terriblement d’actualité.

Je ne suis pas sûr que notre le président s’lâche ait assez d’intelligence (de cœur sûrement pas) pour comprendre la prose d’Albert Jacquard ni pour saisir ce que peut représenter aujourd’hui l’idée de Citoyen du Monde. C’est pas grave. Ça fait du bien, dans une époque où on ne distingue pas encore les queues devant les magasins, d’identifier les poches de résistance.

Sinon CQFD fête ses 5 ans de bordel.

Que ceux qui ont fait le lien avec Carthage lèvent le doigt. Je mets le lien pour les autres…

_____

*En plus, pour une sombre histoire de montre à 1500€ offerte en cadeau de départ, je me suis fait du mal en allant voir le prix de la toquante présidentielle offerte pas sa moitié, au prix finalement 16 fois moins élevé que le modèle le plus cher de la même marque. C’est à des moments comme ça que je perds un peu la voix, tout en me disant que certains ne manquent pas d’air de continuer à parler valeur travail, etc.


Quand tout le monde marche en ligne, il est plus facile de frapper ceux qui sortent du rang

Mardi 29 avril 2008

Ici c’est chez moi et je fais ce que je veux.

Par exemple en relayant ce texte, publié initialement sur le site Rap Conscient et qui m’a été signalé par Flo Py

Lettre d’Ivan et Bruno depuis les prisons de Fresnes et Villepinte.

Salut à tous les copains, à tous ceux qui ne sont pas résignés à la situation que nous vivons : occupation policière des rues, des villes, rafles, expulsions, arrestations, difficultés quotidiennes, dépossession de nos vies ; cette situation qui nous pousse à céder une part grandissante de nos vies aux chefs en tout genre, à ceux qui président à nos destinées, au pouvoir. Si nous prenons le parti de la révolte, c’est pour toutes ces raisons, pour retrouver le pouvoir sur nos vies, pour la liberté de vivre.
Nous avons été arrêtés le 19 janvier. Nous sommes deux en prison, le troisième est sous contrôle judiciaire (il passait par là et avait le tort de nous connaître). Nous avions en notre possession un fumigène que nous avions fait en mélangeant du chlorate de soude, du sucre et de la farine. Enflammé, ce mélange produit un fort dégagement de fumée. Nous projetions de l’utiliser à la fin de la manifestation qui allait ce jour-là devant le centre de rétention de Vincennes. Notre idée : se rendre visible auprès des sans-papiers enfermés, sachant que la police tenterait sûrement de nous empêcher d’approcher du centre. Nous avions aussi des pétards pour faire du bruit et des crèves-pneus (clous tordus) qui peuvent être disposés sur la route pour empêcher les voitures de passer.
Pour la police et la justice, le prétexte est tout trouvé, nous avions les éléments pour une bombe à clous. Voilà ce dont nous sommes accusés : Transport et détention, en bande organisée, de substance ou produit incendiaire ou explosif d’éléments composant un engin incendiaire ou explosif pour préparer une destruction, dégradation ou atteinte aux personnes. Association de malfaiteurs en vue de commettre un crime de destruction volontaire par l’effet d’un incendie, d’une substance explosive ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes, commis en bande organisée.
Refus de se prêter aux prises d’empreintes digitales ou de photographies lors d’une vérification d’identité. Refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l’identification de son empreinte génétique par personne soupçonnée de crime ou délit.
Ça fait froid dans le dos. Voilà pour les faits, nous allons tenter d’y apporter une réflexion.
Ce n’est évidemment pas au regard de ce que nous détenions ou de ce que nous projetions de faire que nous avons été traités de la sorte. L’État criminalise la révolte et tente d’étouffer toute dissidence « non-autorisée ». Ce sont nos idées et notre façon de lutter qui sont visées, en dehors des partis, des syndicats ou autres organisations. Face à cette colère que l’État ne parvient ni à gérer ni à récupérer, il isole et désigne l’ennemi intérieur. Les fichiers de police et des renseignements généraux construisent des « profils-types ». La figure utilisée dans notre cas est celle de « l’anarcho-autonome ». Le pouvoir assimile cette figure à des terroristes, construisant une menace pour créer un consensus auprès de sa population, renforcer son contrôle et justifier la répression.
C’est pourquoi nous sommes aujourd’hui en prison. C’est la solution choisie par l’État pour la gestion des illégalismes, des « populations à risque ». Aujourd’hui il faut enfermer plus pour plus longtemps. Les contrôles, toujours plus efficaces, et les sanctions qui font peur assurent à ceux qui détiennent ou profitent du pouvoir une société où chaque individu reste à sa place, sait qu’il ne peut pas franchir les lignes qu’on a tracé pour lui, qui l’entourent et le compriment, sans en payer le prix. Si nous luttons aux côtés de sans-papiers, c’est que nous savons que c’est la même police qui contrôle, le même patron qui exploite, les mêmes murs qui enferment. En allant à la manifestation, nous voulions crier en écho « Liberté » avec les prisonniers, montrer qu’on était nombreux à entendre la révolte qu’ils ont menée pendant plusieurs mois. Allumer un fumigène, tenter de s’approcher le plus possible des grilles de la prison, crier « fermeture des centres de rétention », avec la détermination de vouloir vivre libre. Cette lutte, dans laquelle on peut se reconnaître, est un terrain de complicités à construire, un lieu possible de l’expression de notre propre révolte.
Nous ne nous considérons pas comme des « victimes de la répression ». Il n’y a pas de juste répression, de juste enfermement. Il y a la répression et sa fonction de gestion, son rôle de maintien de l’ordre des choses : le pouvoir des possédants face aux dépossédés.
Quand tout le monde marche en ligne, il est plus facile de frapper ceux qui sortent du rang.
Nous espérons que nous sommes nombreux et nombreuses à vouloir posséder pleinement nos vies, à avoir cette rage au cœur pour construire et tisser les solidarités qui feront les révoltes.

Bruno et Ivan, avril 2008


Prendre aux pauvres pour donner aux pauvres…

Lundi 28 avril 2008

Martin Hirsch n’est pas assez médiatisé pour ce qu’il est. A savoir le successeur de l’abbé Pierre à la présidence des Chiffonniers d’Emmaüs (qu’il a quittée pour rejoindre le gouvernement Fillon). En l’embauchant( le débauchant?) dans son équipe d’ouverture, Sarkozy aurait dû exiger de lui le port du béret et de la soutane. Ça aurait fait monter la cote de l’ensemble, comme pour Zidane et l’équipe de France ou Noah et tous les métis… Mouais.

L’abbé Pierre était connu et apprécié des Français pour sa grande gueule qu’il savait ouvrir, même si à la longue, les médias lui tendaient gentiment le micro pour le quart d’heure de gueulante qui donne bonne conscience, avant de passer tranquillement à autre chose, le CAC 40, la météo, le loto, la pub et la télé réalité. Sujets plus intéressants que la réalité des pauvres, que ça soulage toujours de voir à la télé pour bien prouver que c’est pas nous, puisque la télé nous a pas été (encore) saisie par l’huissier.

L’abbé Pierre donc ouvrait sa gueule, comme Chevènement en son temps qui démissionnait à l’occasion pour pouvoir continuer à l’ouvrir. Et si le santon de l’abbé Pierre a finalement été interdit à la vente, Martin Hirsch en marionnette n’est pas mal non plus…

Le “haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté” ne démissionnera pas, malgré les menaces brandies (ou les promesses proférées) il y a deux mois… Il aurait peut être dû fermer sa gueule encore plus tôt.

Car, même si les caisses sont vides (on ne nous le répétera jamais assez) et qu’on ne peut trouver qu’1 à 1,5 milliards pour financer le revenu de solidarité active (RSA), les pauvres aideront les pauvres et la différence pour arriver aux 3 milliards qui empêcheront la démission et la gueulante de Martin Hirsh sera financée par un “recentrage” de la prime pour l’emploi (PPE).

Notez comme dans ce contexte, recentrage sonne aussi bien que modernisation quand il s’agit de casser le code du travail.

C’est à ce moment de grande justice sociale, que notre pauvre Martin pauvre misère Hirsch ouvre à nouveau sa gueule pour dire que «le recentrage ne [le] choque pas du tout» et pour dénoncer «certains ménages» bénéficiaires de la prime pour l’emploi avec 50000 € de revenus annuels.

Le coup de la délation du profiteur exemplaire c’est pas très beau M. Hirsch, même si ça marche toujours, comme lorsqu’on nous promet une chasse implacable aux faux chômeurs ou aux faux rmistes…

L’avantage de prendre aux pauvres pour donner aux pauvres c’est que ça fait plus de poches où piquer, même en prenant moins à chaque fois. Mais les petits ruisseaux c’est bien connu.

Et pourquoi faire autrement ? Tant que les pauvres se laissent faire, en continuant même à se fasciner pour les frasques des riches, sans retrouver de conscience de classe. Tant que les lésés pour compte continuent de donner leurs suffrages à des gens de “gauche” qui dénoncent eux aussi l’assistanat. Tant qu’il se trouve toujours plus de voix pour protester contre ces profiteurs de chômeurs, ces privilégiés de rmistes ou ces assistés de prolétaires (à décliner à volonté) que pour dénoncer les vrais profits, les vrais privilèges et la véritable assistance dont bénéficient les plus aisés.

Au moment où Christine Lagarde plaide l’erreur de communication pour le paquet fiscal, il n’est pas certain que la communication autour du RSA soit de nature à lever tous les soupçons qui pèsent sur une politique «faite pour quelques uns et pas pour tous».


Supplément dimanche

Dimanche 27 avril 2008

Photographie

Dernier retour (promis) sur l’expo parisienne qui rappelle à la France sa paresse pétainiste et coutumière. 20 minutes nous offre un diaporama pour voir (quelques photos de) l’expo, sans bouger de chez soi ou de son lit d’hôpital et nous aider à “décrypter” le scandale.

Si les photos ne sont pas forcément sublimes, le décryptage est savoureux. J’ai notamment adoré le passage : “Hormis quelques photos, Zucca ne montre ni les files d’attentes devant les magasins d’alimentation, ni la Résistance ou les rafles de juifs”. Faut peut-être pas trop en faire…

Essayez, juste pour voir, de chercher les photos de la rafle du Vel d’hiv, et imaginez-vous en train de parader devant l’objectif en uniforme de résistant pendant cette période de malsaine occupation…

Bref.

L’exposition arrive un peu tard pour que les photos figurent dans une autre exposition qui rencontre elle-aussi un certain succès. Désolé pour les lecteurs parisiens (mais non pas têtes de chiens) mais ça se passe à Lausanne, au musée de l’Élysée (calme toi président, c’est pas de toi que ça parle) jusqu’au 1er juin.

Controverses (une histoire juridique et éthique de la photographie) présente en effet une sélection de photographies, célèbres ou méconnues, qui ont fait l’objet de polémique ou de procès, de débats ou de controverses, qui ont choqué ou scandalisé…

A la différence de l’exposition parisienne dont personne n’assume plus la responsabilité, les auteurs de l’exposition lausannoise (Daniel Girardin et Christian Pirker) assument.

Christian Pirker, interviewé par la Tribune de Genève, explique comment l’exposition “se veut, discrètement, un hymne à la tolérance” tout en prévenant que “personne ne peut visiter «Controverses» innocemment”. L’entrée de l’exposition est d’ailleurs “déconseillée aux plus jeunes”.

Mais qu’est ce qui nous choque le plus entre les exhibitions de la pédophilie ou celles de l’horreur humaine, entre l’obscénité du voyeurisme au journal de 20h ou la provocation calculée d’un publicitaire, entre la mise en scène de la réalité ou le témoignage de la violence coloniale, comme ci-dessous*?

Portrait de Cherid Barkaoun, Algérie, 1960
Photo Marc Garanger

Pour nos lecteurs qui sont dans l’impossibilité de se déplacer, une quinzaine d’images de presse sont téléchargeables via (un petit détour sur) le site de l’exposition.

Gastronomie

Enfin, si on veut…

J’ai trouvé un site rigolo.

Allemand.

Mais ça n’a rien avoir avec l’expo ci-dessus. Et c’est peut être logique si on en croit les chiffres donnés par Peter Menzel dans son livre Hungry Planet, où les Allemands sont les plus gros mangeurs de la planète.

Bref. pundo3000.com nous propose une étrange galerie de 100 plats préparés, avec pour chacun trois photographies:

  1. vue générale de l’emballage
  2. gros plan sur le produit photographié par la marque
  3. gros plan sur le même photographié à sa sortie de l’emballage…

Il est juste dommage que trop de produits ne soit que typiquement allemands, masi ça permet d’imaginer la même chose de ce côté-ci de la frontière.

Bon appétit quand même à nos lecteurs parisiens et autres. Et bonne consolation à ceux dont la gastronomie hospitalière pèsent sur le moral plus que sur l’estomac…

Musique

J’ai acheté le dernier CD d’Elliott Murphy (qui s’ouvre avec le sublissime And General Robert E. Lee, un classique dès la première écoute…) non pas chez le corsaire de l’internet passé depuis à la presse bobo mais chez bluerose, où ils sont plus gentils et en plus moins chers.

Bref.

Comme ils ont aussi le sens du commerce, ils ont joint à ma commande une petite carte postale annonçant le dernier album de Steve Wynn : Crossing Dragon Bridge.

Je connaissais pas. Et vous?

Sur son site Internet, la biographie du gaillard est ” NOT YET IMPLEMENTED”, mais ça ne l’empêche pas d’avoir une quarantaine de disques au compteur, dont une bonne dizaine avec The Dream Syndicate. En complément de programme, la section sounds vous offre quelques titres à télécharger ou à écouter en streaming, et il ya quelques belles vidéos sur Youtube, dont celle-ci, que j’adore.

Je sens que je vais passer une nouvelle commande. Et découvrir peut être encore autre chose.

Lecture

Je suis en train de lire le bouquin ci-dessus. Lecture salutaire par les temps tumultueux que traversent notre pays, notre monde, notre humanité, et dont il est rassurant d’identifier parfois les résistants, même sans majuscule ni file d’attentes devant les magasins…

Mona Chollet, 34 ans, est journaliste au Monde diplomatique et coanimatrice du site Peripheries.net. (On peut aussi la voir en interview sur Rue89). Son ouvrage dénonce ce que les Américains appellent storytelling, manière de se la raconter, et qu’incarne si bien Sarkozy et sa clique quand ils font étalage de cette réussite qui ne “doit rien qu’à eux-même”. Mona Chollet propose de substituer à cet imaginaire de la réussite individuelle un “nouvel imaginaire émancipateur, en commençant par se réapproprier l’aspiration légitime à l’épanouissement personnel”.

Le tout avec une plume alerte, un style aussi joyeux qu’acerbe, mais qui sait aussi bien pointer du doigt, appuyer là où ça fait mal et où ça interroge, que dire “je” à bon escient, interroger sa propre pratique et ses propres incohérences. Ce qui rend l’ensemble crédible et acceptable la proposition de réinventer un imaginaire en si bonne compagnie.

Publié aux Éditions La Découverte - Zones, Rêves de droite - Défaire l’imaginaire sarkozyste est disponible dans toutes les bonnes librairies. Le texte intégral du livre est en libre accès sur le site de l’éditeur.


Question ?

Samedi 26 avril 2008

Si les Chinois continuent de boycotter Carrefour, aurons-nous les moyens de faire la même chose ?

Depuis que j’ai trouvé ce logo et le site qui va avec, je passe mon temps à retourner les objets. Si mon clavier d’ordinateur a été assemblé en Malaisie et ma voiture en Roumanie (je l’ai pas retournée, je le sais…), la plupart des conneries en plastique qui encombrent mon quotidien, des vêtements qui me coûtent moins cher qu’ils ne me tiennent chaud, des appareils qui réclament des piles, etc. sont originaires de là-bas. C’est la mondialisation, il paraît. Et c’est pas tout moi qui ai choisi. C’est exporter le travail ou importer les travailleurs. On peut pas tout vouloir ou ne rien vouloir.

Excusez-moi, je déraille. C’est samedi.

Ça va être aussi dur donc de se priver de la Chine que facile pour les Chinois de se passer de nous. Avec nos 60 millions de petites têtes, faudrait peut-être pas qu’on s’imagine que nous sommes encore le centre du monde tel qu’il figure sur nos planisphères ethnocentrés.

Idem pour les Indiens.

D’autre part, j’ai pas une envie irrésistible de pleurer sur le sort réservé à Carrefour à l’étranger. Quand on voit le sort fait sur le territoire nationale aux employés de Carrefour (en particulier et de la grande distribution en général), on na pas forcément l’idée immédiate de chercher la pétition pour défendre leurs intérêts en Chine. Ou ailleurs.

Finalement, ce retour à l’envoyeur, c’est une manière sympathique de marquer la quinzaine du commerce équitable, à laquelle Carrefour et ses potes ne manqueront pas de s’associer pour gratter encore quelques consommateurs.

Pas facile d’être citoyens de ce monde. Politis sort un hors-série qui peut aider (cliquez sur l’image pour en savoir plus).

Bon dimanche et restez vigilants.


Suite en ré

Vendredi 25 avril 2008

1. volution

Le parti socialiste a remarqué qu’il manquait un principe essentiel à sa déclaration présentée en début de semaine. Au lieu de le rajouter à la fin, il a été glissé en 14e position. Quel bordel! Il stipule que (je copie-colle) :

«Le Parti socialiste est féministe et agit en faveur de l’émancipation des femmes. Il œuvre pour l’égalité entre les femmes et les hommes et la mixité de la société. Il garantit aux femmes, l’accès aux droits fondamentaux (santé, éducation, contraception, IVG), et condamne la marchandisation du corps humain».

Voilà qui va faire plaisir aux femmes. Mais Marie-George Buffet déplore quand même l’abandon de l’idéal révolutionnaire.

2. cidive

Ségolène Royal prend à son compte l’article 14 des principes féministes-socialistes et annonce qu’elle se prépare «bien évidemment» pour les présidentielles de 2012.

Nous aussi, on va se préparer… au pire.

3. cupération

La suite de l’article 14 de la même déclaration de principes affirme que le PS combat… (je copie colle à nouveau) :

«…les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle».

Les gays et lesbiennes sont contents, mais toujours pas Marie-George Buffet.

4. visionnisme

Sans transition…

L’exposition de photographies polémique, dont je parlais lundi dans ces pages, va finalement être rebaptisée. Elle s’intitulera Des Parisiens sous l’occupation en lieu et place de Les Parisiens sous l’occupation. L’article indéfini ça permet toujours de dire c’est pas moi c’est l’autre. «On est un âne», disait mon père.

5. pulsion

On croyait s’être débarrassé du personnage à défaut des idées recyclées par le gouvernement Fillon dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

Que nenni, confondant lui aussi cuves de fuel et chambre à gaz, Le Pen a répété les mêmes conneries qui avaient autrefois contribué à son succès.

6. actions

Vous devez être gavés de commentaires et d’analyses sur la prestation présidentielle d’hier soir. Pour changer (et vous détendre) un peu, je vous ai concocté un petit jeu. C’est facile, vous allez voir.

Après l’émission d’hier soir, qui a déclaré :

  1. Le président de la République n’a pas apporté la visibilité, la lisibilité nécessaire. Il a confirmé ce qui avait été annoncé ces dernières semaines par le gouvernement…
  2. Nicolas Sarkozy a su apporter ce que tous les Français attendaient : de la clarté. Il a su trouver les mots pour répondre aux impatiences des Français et valoriser la dynamique de changement.
  3. On est plus inquiets après l’émission qu’avant. On a le sentiment de ne pas avoir eu un président de la République hier, mais un candidat perpétuel.
  4. [Sarkozy a été] très authentique, vrai dans ses réponses, humble même, quand il le fallait, très compétent, capable d’expliquer sur tous les sujets entrepris, débattus.
  5. On a l’impression d’entendre ce qu’on a entendu pendant la campagne électorale et depuis un an: un président qui répète toujours la même chose, malgré l’échec de sa politique et malgré les souffrances qu’elle provoque.
  6. Par ce discours, hormis le vide abyssal en terme de proposition qu’il laisse comme vague arrière-goût, c’est une France d’avant-hier qui se profile: celle qui valorise le travail, la famille et les frontières, celle qui parle d’honneur, celle qui fait la guerre pour maintenir la cohésion nationale.
  7. C’est un président tendu, essayant, par l’abondance de chiffres, d’éviter d’avoir à constater l’impasse dans laquelle il se trouve, que nous avons vu.
  8. [Sarkozy a fait ] un numéro d’équilibriste, dénonçant un capitalisme financier tout en déclarant que le capitalisme est le meilleur système possible.
  9. Nicolas Sarkozy a montré une dimension humaine. Il a été rassurant pour les Français car il a confirmé qu’il ferait les réformes, même si c’était difficile et impopulaire.
  10. Les Français attendaient de savoir où ils allaient et je ne crois pas que cette émission les ait éclairés.
  11. L’indéniable et habile rhétorique de Nicolas Sarkozy ne peut convaincre personne, car les faits sont plus têtus que les paroles.
  12. Il a essayé d’expliquer péniblement sa propre impuissance. Sa première année est un échec pour la France. Il n’a pas dit qu’il fallait une rupture avec lui-même.
  13. C’est un grand moment pour tous les Français et un élément supplémentaire de mobilisation pour toute la majorité.
  14. Nicolas Sarkozy s’est montré convaincant, pédagogue, déterminé à remplir le mandat pour la réforme confiée par les Français.
  15. L’erreur est de ne pas savoir expliquer les choses.

Vous avez le choix entre Bernard Accoyer, Christine Boutin, Marie-George Buffet, Jean-François Copé, Bertrand Delanoë, Patrick Devedjian, Julien Dray, Roger Karoutchi (secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement), Arlette Laguiller, Jean-Marie Le Pen, Jean-Claude Mailly (secrétaire général de Force ouvrière), Laurence Parisot, Ségolène Royal, Marielle de Sarnez (députée européenne Modem), Anne Souyris (porte-parole des Verts)…

7. Rectificatif

Je suis déçu! Vous pouvez pas savoir. Alors que je vous ai donné le premier scoop de l’existence de ce blougui glop, y’a jamais eu si peu de visiteurs en 24 heures. A se demander si ça vaut la peine… Ou si j’ai pas eu la berlue.

Je me suis donc repassé la vidéo présidentielle pour retrouver le passage.

En sous-titré sourds-muets c’est encore mieux, mais les sous-titres incrustés dans les images, sont de moi. Et je jure qu’ils sont rigoureusement exacts. D’ailleurs, merci à Pierre-Jean qui a pris la peine de les retranscrire.

En images et au ralenti ça donne donc ça :

«J’ai bien conscience dans les critiques qui me sont faites, celle qui m’a le plus touché, et qui m’interpelle le plus, c’est celle qui voit une partie des Français se dire : “au fond, il fait une politique pour quelques uns et pas pour tous”.

et ils ont raison de le croire

Je dois en tirer les conséquences immédiates.»

J’ai le plaisir d’offrir, en exclusivité aux lecteurs d’abcd etc., la photo des conséquences immédiates.

Même fugitivement, ça soulage

8. confort

Et alors, Richard, ça va ?

Je t’oublie pas…

9. ponses

  1. Jean-Claude Mailly
  2. Jean-François Copé
  3. Ségolène Royal
  4. Patrick Devedjian
  5. Marie-George Buffet
  6. Anne Souyris
  7. Julien Dray
  8. Arlette Laguiller
  9. Christine Boutin,
  10. Marielle de Sarnez
  11. Jean-Marie Le Pen
  12. Bertrand Delanoë
  13. Roger Karoutchi
  14. Bernard Accoyer
  15. Laurence Parisot

10. flexion

Faut être cynique ou inconscient, ou les deux, pour ne pas trouver mieux qu’un voyage à Monaco pour prouver aux Français qu’on fait une politique pour tous.

Là où je m’étrangle un peu plus c’est quand je lis qu’en plus de son gadget d’union méditerranéenne le président s’lâche est venu parler d’environnement avec le prince Albert.

Arriver en hélicoptère, c’est déjà pas très écolo, a dû oublier de signaler YAB à son copain président.

Et il ne l’a sans doute pas mis au courant non plus des connards qui sillonnent chaque année la ville à 300 km/h ou de la responsabilité monégasque dans la pollution de la Méditerranée par la Caulerpa taxifolia, qu’il mentionne pourtant sur son site de parano (c’est quoi ce programme qui empêche de copier le texte?)

On est aussi mal conseillés que dirigés… Ça fait peur !


Il nous cherche…

Vendredi 25 avril 2008

J’ai croisé hier une jeune fille qui s’étonnait de me voir prendre les fleurs en photo.

Elle ne trouvait ça ni inutile, ni futile. Elle aimait les fleurs, trouvait que celles de la ville sentaient moins que dans son village qu’elle avait quitté pour venir étudier les sciences du langage à Besançon.

Bref.

J’ai pensé à cette jeune fille en lisant cet appel à pétition du collectif “Sauvons la recherche” :

Pas de CNRS sans Sciences humaines et sociales !

Et j’ai pensé à cette pétition en regardant Sarkozy à la télévision, commencer sa prestation par une odieuse comparaison sportive de la mondialisation, dont il ressortait qu’il n’y aura pas de place pour tout le monde.

Cynique et glaçant.

Et alors?

Dans le monde sarkozsyste, tu travailles pour gagner plus, pour produire, pour faire de la croissance, pour gagner, pour être compétitif. Tu es pragmatique, moderne, pas assisté pour deux ronds et efficace.

Dans le même monde, la recherche se doit d’avoir des résultats calculables en brevets, en dividendes, en produits, en consommation, en pollution, en obsolescence…

Alors, les sciences humaines et sociales, c’est comme la littérature ancienne («Vous avez le droit de faire littérature ancienne, mais le contribuable n’a pas forcément à payer vos études») ou Madame de Lafayette et sa Princesse de Clèves, on en saisit mal l’utilité

A quoi bon former des archéologues ou des historiens, des géographes ou des ethnologues, des sociologues ou des psychologues, dont les débouchés ne sont pas garantis, qui ne seront pas productifs ni compétitifs, et qui pourraient donner envie de penser alors qu’il n’en est plus question dans un monde moderne et sarkozyste, comme le rappelait notre ministre des finances en juillet dernier?

A quoi bon, dans une époque où l’on cherche à fabriquer de l’essence avec de la bouffe, où l’on stérilise les plantes pour revendre des semences chaque année, où l’on surfabrique ce que le monde n’a plus les moyens de surconsommer, payer les travaux de recherche de personnes qui s’interrogent sur le sens d’une société, sur le devenir des sujets qui la composent, sur leur histoire, sur les conditions de leur vie collective, sur leur potentiel?

A force d’utiliser l’expression “blouses blanches” pour désigner les chercheurs, mes confrères journalistes en mal de synonymes ont bien préparé le terrain.

A force d’opposer sciences dures et sciences molles, on va doucement tailler dans le mou tout en promettant de renforcer le dur.

L’économie, qui est sur la sellette au lycée, tirera peut être son épingle du jeu, en continuant de faire croire qu’elle n’est ni dure ni molle, juste un peu en pleine débandade par les temps qui courent. Comme les sciences politiques…

Quant aux sciences du langage, ça deviendra aussi futile que les fleurs. Qui sentent de moins en moins.

J’aime bien les personnes qui prennent le temps de se parler.


Aveu…

Jeudi 24 avril 2008

J’ai essayé.

Je savais que ce serait dur. J’ai tenu jusqu’aux alentours de 20h40…

Au moment où le président, après une première confusion entre le gaz et le fuel, a lâché :

«Les Français croient que je fais une politique pour quelques uns… S’ils le croient – et ils ont raison de le croire – il faut que je change de politique»

A peu près. J’irai vérifier demain quand le site de l’Élysée remarchera. Parce qu’à cette heure ça donne ça :

Mais le passage en gras, j’en suis sûr.

Putain d’aveu. Au moins on se sent moins cons.

J’ai aussi coupé la télé. Quitte à ne rien apprendre, autant pas m’énerver avant d’aller dormir.


Le petit baigneur

Jeudi 24 avril 2008

Avec 19,25 millions de spectateurs, Bienvenue chez les Ch’tis a explosé tous les records d’entrées du cinéma français. Le film de Dany Boon se rapproche maintenant du record toutes catégories détenu par Titanic (20,75 millions d’entrées en France).

Avec 18 983 138 électeurs et 53,06% des suffrages, Nicolas Sarkozy n’a pas dépassé le record du second tour de la présidentielle toujours détenu par Geoges Pomidou en 1969 (58,21%).

Mais il a déjà fait naufrage…

Malheureusement, il sait nager le bougre.