“Dans concertation, il y a… certation”, dirait mon père qui avait une certaine pratique.
“La concertation se distingue de la négociation en ce qu’elle n’aboutit pas nécessairement à une décision”, précise wikipédia en préambule d’un article présenté comme “une ébauche concernant la politique”.
Le mot de concertation qui revenait régulièrement dans la presse aujourd’hui (avec il est vrai pas mal de guillemets) ne serait donc pas vraiment adapté à la situation (ou il faudra que wikipedia complète l’ébauche) puisqu’on sait que, concernant nos retraites, la décision gouvernementale est déjà prise.
C’est, Luc Chatel, le nouveau porte-parole du gouvernement, qui l’a expliqué la semaine dernière sur LCI :
“Il n’y pas d’alternative aux 41 années de cotisation.”
Avant d’ajouter pour ceux qui auraient du mal à comprendre :
“Si quelqu’un d’autre, en particulier le Parti socialiste, a une proposition alternative, nous sommes évidemment preneurs.”
On se demande dès lors, pourquoi nos ministres Xavier Bertrand et André Santini se sont donné la peine de recevoir “les partenaires sociaux” tout au long de la journée. Peut-être pour nous expliquer une fois encore qu’il n’y a pas d’alternative.
Le Figaro, retrouvant ses impulsions classiques d’étendard de la droite libérale, relayait aujourd’hui l’interrogation gouvernementale :
Retraites : que proposent les partenaires sociaux ?
Et concluait la journée en citant le représentant du Medef, Jean-René Buisson, qui estime “non discutable ni négociable” le passage de la durée de cotisation à 41 ans.
Bon, j’arrête avec Laurence Parisot…
Je voulais juste évoquer le fait qu’ils doivent plus se sentir au medef d’avoir si bien vendu leur pensée unique, de voir triompher leurs idées, écartée toute “alternative”, explosées les notions de partage des richesses ou du travail, de solidarité, de justice sociale… ce genre d’idées marxisantes et d’un autre temps.
L’époque est à la modernisation, du système de retraite comme du droit du travail.
Et pour nous en remettre une couche au cas où des velléités de révolte subsisteraient, Le Figaro (encore et toujours lui) nous assène un sondage opportun qui nous révèle que, de toutes façons, nous sommes d’accord pour nous faire avoir sans chercher d’alternative :
“60% des Français acceptent le passage à 41 ans de cotisation.”
Le rapport complet qui accompagne le sondage vaut le détour en matière de littérature libérale. Je vous en mets quelques passages bien croustillants :
Au courant des difficultés de financement du régime général, les Français savent et comprennent que ce qui se prépare: un inéluctable allongement de la durée des années de cotisations pour bénéficier d’une retraite à taux plein.
Inéluctable, qu’on vous dit. A quoi bon chercher ailleurs…
Cette compréhension ne vaut pas adhésion, mais elle a l’avantage de montrer que l’opinion se prépare à ces éventualités.
Et même si vous n’êtes pas d’accord, vous savez que vous allez devoir y passer. A vous de choisir entre serrer les fesses ou bien lubrifier.
Les réticences à gauche montrent une césure politique sur ce sujet entre la gauche et la société. [...] Les classes moyennes et même populaires approuvent ou se résignent à cette perspective. Les réformes successives ont opéré une pédagogie dans les différentes catégories sociales que les partis de gauche se refusent à assumer.
Approuver ou se résigner. Se soumettre ou se faire mettre… La pédagogie à ce niveau-là se nomme propagande. Mais depuis le ralliement du PS à l’économie de marché, on ne sent pas toujours bien leurs réticence.
Selon des logiques sociales distinctes, les Français misent sur les entreprises ou sur eux-mêmes pour répondre à leur l’inquiétude sur l’avenir de leur retraite. Les plus confiants soulignent l’importance de l’épargne individuelle. Les inquiets insistent sur l’épargne collective en entreprises.
C’est là que vous saisissez (j’espère) toute la logique du sondage. L’alternative n’est plus entre une logique de partage ou une logique d’accumulation, mais entre les confiants et les inquiets, ceux qui épargnent et les autres.
En regardant mieux qui a commandé le sondage, je suis arivé sur le site du Cercle des épargnants (centre d’études et d’information sur l’épargne et la retraite). Un machin, présidé par Jean-Pierre Gaillard, le chroniqueur en chef des exploits boursiers et des records du CAC 40, qui milite pour le Perp ou le Perco, les “nouveaux instruments disponibles pour compléter sa retraite”.
Parce que si vous n’avez toujours pas compris, il est là le but ultime. Nous faire flipper, nous inquiéter, paniquer, trembler pour notre avenir de petit vieux aux abois avec une retraite toute pourrie… pour mieux nous vendre les “nouveaux instruments” de la finance, fonds de pension et autres outils spéculatifs…
Et ça semble devenir urgent.
Avec la crise qui secoue de plus en plus le système, un peu d’argent frais ne ferait pas de mal à nos pauvres spéculateurs…
Vous n’en avez pas assez du délire financier qui est en train de nous pourrir la vie et le monde?
Si oui, vous n’êtes pas les seuls. Politis et d’autres médias (L’Humanité, Le Monde Diplomatique, Là bas si j’y suis…) relaient cette semaine, sous le titre : Spéculation et crises : ça suffit ! un appel à pétition lancé pas un collectif d’une cinquantaine d’économistes européens qui demandent l’abrogation de l’article 56 du Traité de Lisbonne (et vous explique pourquoi)…
Mais dans la cinquantaine, y’a pas Jean-Pierre Gaillard. Ni Le Figaro dans les autres journaux.