Nul n’est censé ignorer la loi. Même s’il faut s’accrocher un peu.
Comme pour la chronique du jour, je vous préviens. Mais je crois pas être aussi touffu que le code civil, pénal, du travail ou de la route.
A propos de code civil et pénal, je ne suis pas sûr, je sais pas pourquoi, que les fermetures de tribunaux programmées par dizaines améliorent vraiment la justice de proximité.
A propos de code du travail, le démantèlement est en route.
Et à propos de code la route, j’ai été réveillé par le facteur qui m’apportait une lettre recommandée avec une amende pour excès de vitesse cet été du côté de Blois. Le centre de contrôle automatisé de Rennes, lui, ne risque pas l’excès de vitesse. L’infraction date du 11 août, la décision de me verbaliser du 30 octobre, et la lettre arrive ce matin… Trois mois. Ça laisse le temps d’économiser au retour des vacances et ça fait un petit souvenir au passage, au moment où les photos commencent à jaunir. Ça laisse le temps que l’amende se majore et qu’on me réclame 180€… Blurp, pour un dépassement inférieur à 20 km, ça fait cher du km au dessus de la vitesse autorisée! Va falloir qu’après ce billet, je me fende d’une lettre pour expliquer que…
Bon d’accord, ça n’a qu’un intérêt très relatif.
C’était juste pour dire que je suis pas délinquant, juste contrevenant de manière très occasionnelle.
Parce que les mots sont importants.
Contrevenant, c’est moins grave que délinquant, qui est au dessous (j’ose pas dire juste avant) criminel. Criminel, c’est le plus grave. C’est pas forcément assassin non plus. Me suis pas vraiment juriste, mais j’ai de petites notions. Du genre que j’ignore pas tout à fait la loi.
Tout ça pour dire que j’étais déjà énervé ce matin en allant au marché, à cause des 180€, quand le primeur auquel je demandais juste si ça allait mieux que la semaine dernière où il avait cassé son camion et perdu le sac de sa femme, part dans un long discours sécuritaire, dont je vous livre juste la conclusion : “Ben moi le boulanger, à sa place j’aurais tiré pareil”. J’ai pas tout de suite compris. il me manque toujours les références TF1 dans ces cas là. J’ai juste bredouillé un truc sur la justice et la société, la nécessité de l’une pour l’autre. Pas clair pour les marchands de primeurs dans le froid d’un samedi de novembre.
Curieux, j’ai regardé en rentrant. pas sur TF1, mais sur les actus en ligne. J’ai même trouvé une photo du boulanger.

Pas mon genre, mais la photo est pas là pour parler d’esthétique, juste pour nous dire que le monsieur il est gentil avec les enfants à l’arrière plan. Parce que les images aussi sont importantes. Mais là, c’est des mots que je voulais parler. C’est le titre non?
En fait de mots, c’est le titre de la dépêche AFP qui … je sais pas… me fait bizarre : “Un boulanger de l’Aisne, déjà victime de vols, tue un cambrioleur”. Je vais pas entrer dans le débat de la légitime défense, du fusil qu’on a bien raison de garder chez soi avec tout ce qu’on voit et tout ce qu’on entend, de l’époque “mon bon monsieur” et de mon temps “ma brave dame”. Parce que je sens, comme ça, qu’il va y avoir débat. Jusqu’au procès, voire après.
En fait de mots, donc, c’est peu de choses, mais je suis gêné par l’incise de l’AFP. “Un boulanger tue un cambrioleur”, ça aurait été trop dur. Le type va sans doute être mis en examen pour homicide, mais on va pas insister sur le crime (eh oui, homicide c’est ni une contravention ni un délit…). Rappeler dans le titre de la dépêche les antécédents de victime du criminel, au pluriel ce qui sent bien la récidive, ça annonce les circonstances atténuantes. Si tu rajoutes que le mort était Roumain… Je parie sur l’acquittement. Il y a des présomptions d’innocence mieux protégées que d’autres.
Et ça me gêne juste que l’AFP, créée de la volonté de la loi française, se laisse aller aux incises subjectives.